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We want Europe !

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Pour réenchanter le rêve européen


Les chevaux de Troie de Juncker

Publié par Stéphane Faure sur 16 Septembre 2014, 06:28am

Les chevaux de Troie de Juncker

Cela fait bientôt une semaine que je m’interroge quant au bien fondé, et à l’efficacité future, de la nouvelle Commission européenne présentée par son Président, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, le mercredi 10 septembre dernier. En parcourant la presse française, on peut lire qu’elle est tout à la fois « révolutionnaire » (La Croix) ou celle de « tous les contre-emplois » (Slate.fr) ou encore « très politique » selon Le Monde.


Il m’apparaît en vérité qu’elle est un peu des trois à la fois. « Révolutionnaire » déjà par la force du symbole qu’elle véhicule : c’est la première fois dans l’histoire de l’Union Européenne que son Président est issu du suffrage universel (indirect). Par ailleurs, M. Juncker, dans un souci d’efficience, a tenté de rationnaliser la composition de sa Commission (dont les membres sont nommés directement par les chefs d’Etat et de gouvernement au gré des intérêts nationaux) en créant des postes de « super-commissaires » via des vice-présidences : ils sont au nombre de 7 et regroupent les dossiers prioritaires de cette nouvelle Europe tels que l’Energie, l’Euro et le dialogue social, ou encore le Marché commun numérique.

De nombreux commissaires sont placés devant les contradictions de leur pays d’origine, comme le Français Pierre Moscovici qui sera en charge des Affaires économiques et financières, et par conséquent tenu de faire respecter les critères de Maastricht (3% de déficit public, 60% de dette publique) à des pays les ignorant depuis des années comme… la France ! Ou encore le conservateur Britannique Jonathan Hill en charge de la Stabilité financière alors que Londres s’oppose depuis des années à la taxe sur les transactions financières au sein de l’UE. A première vue, ces choix paraissent comme des « contre-emplois » il est vrai. Mais à y regarder de plus près, et compte tenu des convictions authentiquement européennes du nouveau Président de la Commission, n’est-on pas en droit de se demander quelle logique est donc à l’œuvre derrière ces nominations pour le moins exotiques ?

Mon hypothèse est que Jean-Claude Juncker s’est vu imposer « ses » commissaires par les 28 Etats membres de l’UE. Il n’a donc pas eu son mot à dire dans leur nomination, ce qui, encore une fois, démontre l’inefficacité et l’aberration de cette Europe confédérale. Il a donc tenté de composer au mieux, et surtout de rendre sa Commission plus « politique ». En effet, nombre d’anciens Premiers Ministres figurent dans cette nouvelle équipe, dont la palme de l’engagement pro-européen revient au Finlandais Jyrki Katainen qui a quitté le poste de Premier Ministre de son pays pour devenir Vice-Président en charge de l’Emploi, de la croissance, de l’investissement et de la compétitivité. Quant aux « contre-emplois » précédemment évoqués, ils sont réels, mais partent de l’idée que « les peuples comprennent mieux l’Europe quand elle leur est expliquée dans leur langue », dixit Jean-Claude Juncker. J’y vois pour ma part des chevaux de Troie destinés à faire avancer les dossiers « chauds » au près de pays récalcitrants. Il sera beaucoup plus compliqué pour l’Angleterre de refuser une évolution de la législation européenne en matière de régulation financière si celle-ci est proposée par « son » commissaire. Partant, il faudra au Président Juncker beaucoup de leadership et d’indépendance (notamment par rapport aux lobbies en tout genre) pour réussir dans sa mission, car il le sait, l’Europe, tétanisée par un euroscepticisme grandissant, devra faire preuve de panache et d’audace… De l’audace, encore de l’audace, et toujours de l’audace !

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